Mes amis se souviennent de moi ! Ma famille m'aime ! Je ne suis pas encore oublié de tous ! Hourra !
Je me plaignais de n'avoir pas reçu un seul coup de fil depuis un mois que je me terre sous ma couette, j'étais prêt à vouer mes amis aux gémonies et à dénoncer mes parents à la DDASS, quand soudain j'ai compris. Mon portable, ce grand pudique, souffrait d'anémie en silence, tout seul dans son coin. Depuis mon dernier coup de fil infructueux à Sonntag, il y a un peu plus de quinze jours, je n'y ai plus touché. Il était posé hors de ma vue, sur l'étagère du haut dans le salon, trop loin de mon lit pour que je puisse l'atteindre. Comme il ne sonnait pas, je pensais qu'il n'avait pas besoin de moi. Après tout, je n'avais pas besoin de lui non plus. Quel naïf je fais, des fois. En fait, il s'était tout simplement déchargé. A peine l'avais-je branché pour lui faire une transfusion expresse de jus, qu'il tintait allègrement pour m'annoncer vingt-sept messages. Oui, vingt-sept ! Je n'en ai jamais eu autant.
Au cours des dernières semaines, Pierrot m'a appelé au mois six fois pour me laisser à chaque fois le même message : "Wilbur, il faut que tu me rappelles, j'ai un truc important à te dire". A tous les coups, il va déjà re-divorcer alors qu'il ne s'est même pas encore remarié. Je préfère attendre un peu avant de le rappeler, pour me laisser le temps de mettre au point une réponse qui ne soit pas un grand hurlement de rire.
En revanche, pas un seul message de Sonntag. Je vais la rappeler.

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