Qui est-ce ?




Wilbur, 29 ans et 25 mois (depuis deux ans), à la recherche d'un monde meilleur



 



Un petit "clic" pour Les Dents de la Mer II,

un grand pas pour les poissons rouges


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Mes parents auraient dû se concentrer un peu plus quand ils nous ont conçu, Sarah et moi. Ils nous ont bâclé ! Pour ma soeur, je peux comprendre, ils étaient jeunes et sans expérience, ils ne connaissaient pas bien la vie, c'est normal qu'ils soient allés un peu vite sur les détails. Mais pour moi ? Six ans après avoir fait ma soeur, ils ont eu le temps de s'entrainer ! A tous les coups, il devait y avoir un match de foot à la télé le soir de ma conception. Il suffit que vingt-deux types en short courent après un ballon pour que mon père devienne autiste et ne soit plus du tout à ce qu'il fait.

 

Comme dans la vie, on finit toujours par payer ses erreurs, mes parents en ont sacrément bavé ce week-end. Les pauvres petits. Leurs coeurs ont fait les montagnes russes.

 

Sarah a ouvert le feu samedi soir en annonçant qu'elle était enceinte depuis un mois. Ma mère est tombée à genoux en criant "Alléluia", puis s'est mise à sangloter de joie, pendant que mon père se levait pour allumer un cigare. Sarah a vomi à cause de l'odeur. Après dix bonnes minutes de conversation passionnante autour du prénom de l'enfant dont on ne connaît pas encore le sexe, mon père a innocemment demandé si Yann était le père. Sarah a vomi pour se donner une contenance. Mais elle n'a pas pu échapper à nos airs interrogatifs et suppliants ("Pas Yann, pas Yann, pas Yann...", priai-je intérieurement). Elle a donc commencé par nous dire que l'important c'était qu'elle était heureuse d'avoir ce bébé et qu'elle était persuadée que tout se passerait bien. "Evidemment ma chérie, mais qui est le père ?" a insisté ma mère. Elle a poursuivi en disant qu'elle gagnait suffisamment bien sa vie pour élever seule l'enfant. "C'est donc Yann le père", ai-je dit, fataliste.
- Non, a-t-elle répondu en baissant les yeux.
- Tu ne veux pas nous le dire ? Tu as le droit..., a dit ma mère.
Même si je ne vois pas pourquoi.
- Je ne sais pas,
a marmonné Sarah.
- Tu ne sais pas quoi ?
- Je ne suis pas sûre de l'identité...

 

Et elle a encore vomi. D'anxiété face à la réaction de mes parents, je suppose. Tandis que je m'extasiais sur l'incroyable contenance de l'estomac de ma soeur (trois fois à la suite ! Même murgé jusqu'aux yeux je n'ai jamais réussi à dépasser les deux gerbes !), mes parents expérimentaient un bref moment hors du temps. Les yeux dans le vague, observant le lointain, la bouche légèrement entrouverte et le corps entièrement immobile. Je pouvais imaginer le chaos de leurs pensées. Les traditions ancestrales qui s'entrechoquaient avec les principes de leur jeunesse soixante-huitarde. J'ai fini par rompre le silence en demandant à ma soeur : "Mais c'est pas Yann, quand même ?
- Peut-être",
a-t-elle répondu. Je me suis mis deux doigts dans la gorge.

 

Après un tel rodéo, mes parents ont décidé d'aller se coucher tôt, non sans assurer à ma soeur que, pour eux, ça ne faisait aucune différence et qu'elle avait le droit de mener la vie qu'elle voulait. Quant à moi, j'ai préféré ne pas en rajouter une couche et attendre le lendemain pour leur dire que je n'avais plus de boulot.

 

J'ai attendu le déjeuner pour raconter mon histoire. Ils ont commencé par être très inquiets pour moi et très en colère contre la boîte. Puis, quand j'ai fini par leur avouer pourquoi les croulants voulaient ma peau, leur colère s'est retournée contre moi. "On ne t'a jamais appris à dire "zob" aux gens", m'a dit ma mère. "En tout cas pas à des personnes âgées !" a ajouté mon père. Sarah a vomi à force de rire. Ils se sont défoulés sur moi pendant une bonne partie de l'après-midi malgré toutes mes habiles tentatives pour ramener la conversation sur ma soeur et son bébé sans père. Je crois que ça leur a fait du bien.

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Hier après-midi,
Joséphine m'a appelé pour m'assurer de son soutien. Elle était toute retournée. Moi aussi parce que ça risque de me manquer de ne plus la voir tous les jours à la machine à café. "C'est inadmissible ce qu'ils te font, Wilbur, inadmissible ! Tu n'as qu'un mot à dire et je démissionne, m'a-t-elle dit d'une voix vibrante.
- C'est vrai ? J'ai toujours su que je pouvais compter sur toi, Jo, tu es vraiment formidable, tu as vraiment le plus grand coeur que je connaisse après Mère Teresa et mon pote Pierrot, tu es...
- Tu veux vraiment que je démissionne ?"
, m'a-t-elle coupé d'une voix moins vibrante, mais plus tremblotante.
La connaissant, je suis sûr qu'elle serait capable de le faire. De le regretter ensuite, mais de le faire avec conviction, par solidarité. Elle est comme ça, Joséphine : un caractère en acier trempé, des convictions inébranlables, le coeur en bandoulière, le tout emballé dans les plis et les replis de sa chair abondante.
"Parce que j'ai vraiment besoin de ce boulot. J'ai ma fille à nourrir et je ne suis plus toute jeune. C'est pas facile pour une femme de mon âge de retrouver du travail, a-t-elle repris.
- Ne dis pas n'importe quoi, Jo, tu n'es pas si vieille.
- Passé la quarantaine, ce n'est plus aussi facile. Mais bon, tu n'as qu'un mot à dire et...
- Laisse tomber, Joséphine, ta démission ne changerait rien. Il vaut mieux que tu travailles pour subvenir aux besoins de ta fille
, l'ai-je rassuré.
- Tu n'as qu'un mot à dire et je le fais, Wilbur, un seul mot ! Mais bon, c'est vrai que vu les résultats de la petite à l'école, on risque de devoir la garder à la maison pendant longtemps encore. Elle n'a que quatorze ans...
- Ne démissionne pas. Sois plutôt mon espion à l'intérieur de la boîte"
, lui ai-je suggéré. Elle a sauté sur l'occasion. Je crois qu'elle avait simplement besoin de se sentir utile.

 

Le soir, chez les Gourmandes notre nouveau repaire, j'ai raconté à la bande qu'Antoine m'avait confirmé que je serai viré et que je n'aurai même pas besoin de faire mon préavis. "Alors du coup, tu es libre jeudi prochain ?, a répondu Pierrot, enthousiaste. Parce que je déménage jeudi chez Marjorie et, pour l'instant, je suis tout seul". A tout malheur quelque chose est bon. "Je peux prendre ma journée si tu veux", a continué Patrick. Seule Gloria, la douce et gentille Gloria, m'a témoigné un petit peu de compassion. "Tu veux que j'aille leur casser la gueule ?", m'a-t-elle demandé de sa voix cristalline, en remuant sous mon nez ses petits poings délicats.

 

Ce matin, c'était le tour de ma soeur. Je l'ai mise au courant alors que l'on partait chez les parents, avec Red Bullet. "C'est formidable, m'a-t-elle répondu, en regardant par la fenêtre, d'un air rêveur.
- Pas tant que ça. C'est sûr, ça va m'obliger à me bouger un peu plus, à trouver ce que je veux vraiment faire, mais bon...
- Super...
- Oui, enfin c'était un peu brutal quand même.
- Je suis contente pour toi, Wilbur."
Elle réagissait bizarrement, avec une voix lointaine, comme si elle n'écoutait pas vraiment ce que je lui disais. "Tu as fumé un joint ce matin, lui ai-je demandé.
- Non. Non, je ne peux pas faire ça. Je ne peux plus faire ça. Je suis enceinte".
Enceinte ? Ma soeur ? Alors je vais être tonton ? Je lui ai fait la fête qui se doit, j'étais heureux pour elle, elle veut un bébé depuis longtemps, c'est une mère née. Et puis soudain, j'ai réalisé que la bonne nouvelle était double. Elle détournerait l'attention de mes parents. Ce sont des inquiets de nature, il suffira que je leur dise que je n'ai plus de boulot pour les rendre à moitié fous d'inquiétude et qu'ils me saoûlent tout le week-end avec des pourquoi et des comment. Mais, du coup, c'est ma soeur qui sera sous les feux de la rampe. Et moi je serais bien tranquille. Un week-end pépère, sans prise de tête familiale. Que du bonheur, grâce à l'arrivée d'un nouveau dans la famille.
"Au fait, c'est qui le père ?
-Je ne suis pas sure."
Aïe.

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Zob


Je crois que ça aurait pu se passer plus mal. Par exemple, j'aurais pu sortir mon couteau suisse et me jeter sur les vieux du Comex pour les scalper, mais je ne l'ai pas fait. Je n'ai pas non plus créé un effet larsen avec la sono pour faire disjoncter leurs sonotones et les faire se tordre de douleur jusqu'à se casser le col du fémur en tombant de leur siège. Alors que j'avais un micro entre les mains et que les baffles étaient tout près de moi. La tentation était grande, mais j'ai résisté. Et puis je n'ai même pas pu placer les mots "augmentation de salaire", "RTT", "intéressement sur les bénéfices", ou toute autre expression du monde moderne comme "ordinateur portable", "internet haut débit" et "four micro-onde", qui auraient pu leur créer une embolie cérébrale fulgurante due à un passage trop rapide des années 20 au vingt-et-unième siècle.

  

Pourtant, ils m'ont viré. Pour une toute petite insulte, ils m'ont viré. Une toute petite insulte bien méritée.

 

Dès que je suis entré dans la salle du conseil, j'ai senti leur hostilité m'assaillir. Rien de bien différent de d'habitude, je suis donc resté serein. "Prenez place derrière le pupitre, Monsieur", m'a lancé le père Caillou de son ton grinçant. Quand il parle, on dirait un vieux cercueil que l'on ouvre et que l'on referme. J'ai pris place derrière le pupitre installé spécialement à mon effet. "Nous y avons fait mettre un microphone exprès pour vous. Vous ne semblez pas capable de projeter votre voix suffisamment loin, et l'on n'entend jamais de votre part qu'un vague murmure insignifiant. Enfin ! Etant donné que ce n'est pas de votre faute, mais que c'est toute votre génération qui n'est pas capable de s'exprimer intelligiblement, nous avons choisi de ne pas vous en tenir rigueur et de vous équiper de cette prothèse vocale."

 

On peut dire que ça commençait bien. J'ai cependant à mon tour choisi de ne pas leur en tenir rigueur, en mettant leur aigreur sur le compte de leur profonde connerie. J'ai respiré un grand coup et dit bien fort : "Bonjour Messieurs". Et là, ping-pong. Ils n'ont pas arrêté de se renvoyer la balle les uns les autres, en m'interpellant une fois de temps en temps mais sans me laisser le temps de réagir, puis en recrachant leur fiel de plus belle. A sept contre un, je n'avais aucune chance.

 

"C'est ça, bonjour. Alors, croyez-vous vraiment être capable de diriger tout un service ?, a commencé le premier.
- Habillé comme cela, ça m'étonnerait ! Regardez-moi ce costume, a ricané le deuxième.
- Et cette coupe de cheveux. Ils sont bleus vos cheveux ?, m'a vicieusement demandé le troisième.
- Oh, juste deux..., ai-je vaguement tenté de répondre.
- Comment ? On ne vous entend pas, Monsieur ! Même avec un micro, on ne vous entend pas. C'est incroyable, m'a coupé le quatrième.
 On ne sait toujours pas ce que vous êtes capable de faire, Monsieur. Qu'avez-vous réussi à faire pour la boîte, jusqu'à maintenant ?
- Et puis cela fait combien de temps que vous travaillez ici ? Deux ? Trois ans ?
, a repris le cinquième.
- Certainement à se plaindre de son salaire, ils se plaignent tous de leur salaire. Quand j'ai commencé, on me payait tout juste 500 francs par mois. Et j'étais content !, s'est souvenu le sixième avec des trémolos dans la voix.
- Et on travaillait dix heures par jour, on n'avait pas ces trente-cinq heures de maintenant", a ajouté le septième.

 

Et ainsi de suite pendant vingt bonnes minutes, chacun leur tour. Ils s'en sont donné à coeur joie, ils jubilaient presque. Je me demande même s'il n'y en a pas un qui s'est fait dessus de bonheur. Ils étaient bien. Pas moi. J'ai appris que j'étais stupide, mal habillé, fainéant, avare, probablement communiste, bon à rien et tutti quanti. Et cette fois, pas de Perfide Antoine pour les arrêter, je devais me débrouiller tout seul. Je sais que, dans ce genre de moment, il vaut mieux rester calme. Ils cherchaient probablement à me déstabiliser. Mais la moutarde me montait progressivement au nez. "Respire, Wilbur, respect pour les anciens", me suis-je répété plusieurs fois sans grand effet. J'ai brièvement fermé les yeux pour rechercher la paix intérieure et emplir mon coeur de sérénité, sans grand effet non plus. J'ai refermé les yeux en essayant de contenir ma rage grandissante et... Je n'aurais pas dû.

 

"Vous fermez les yeux ? Quelle extravagance !
-
Vous vous ennuyez peut-être ?
- Zob."

 

Oui, j'ai répondu "zob". C'est grossier, c'est vulgaire, c'est tout ce que l'on veut, mais arrive un moment où le mot "zob" est le seul moyen pour clore une discussion sans issue. C'est Mario, un hidalgo que je croise régulièrement quand je vais courir au parc qui me l'a dit. "Rien de tel qu'un bon zob pour clouer le bec des emmerdeuses", me répète-t-il souvent. Bonne nouvelle, ça marche aussi avec les emmerdeurs !

 

Les sept vieux sont restés comme deux ronds de flan. Ils n'ont pas bougé, pas pipé, ils m'ont juste regardé partir. Je suis sorti de la salle du conseil, je suis allé dans le bureau d'Antoine pour lui raconter comment cela s'était passé, j'ai regardé Antoine imiter à son tour le poisson rouge (fort bien d'ailleurs), puis je suis allé m'asseoir derrière mon bureau. A peine cinq minutes plus tard, Antoine venait me voir en me disant qu'il valait mieux que je rentre chez moi, qu'il allait tenter de les calmer et qu'il m'appellerait pour donner des nouvelles.

 

Le soir, Antoine m'a appelé et m'a appris que j'étais viré. Il va faire tout son possible pour les faire revenir sur leur décision, mais pour le moment, je suis viré. Je suis allé chez les Gourmandes, j'ai bu et Marjorie m'a tenu compagnie -sans boire, elle est enceinte - pour tenter de me remonter le moral. Ce qui a achevé de me déstabiliser.

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Je suis liquide. Mon entretien avec le clan des grincheux est prévu pour demain matin. Je ne peux plus manger (ce qui n'est pas plus mal, ça m'aide à maîtriser la pousse de ma bedaine), je ne peux plus dormir (ce qui est très embêtant à cause des cernes et du teint verdâtre qui jure avec mes mèches bleues), je ne peux plus sortir (parce que je ne mange pas, donc je ne vais pas au restaurant, et que je ne dors pas, donc je suis fatigué) et je ne peux plus penser (ce qui ne change pas).

  

J'ai bien tenté de glâner quelques conseils auprès d'Antoine, mais ce perfide se fiche de mon entretien comme de sa première vidange. "Ce n'est qu'une formalité, Wilbur, ne vous en faîtes pas. Une lettre à la poste !" Quel inconscient. Heureusement, Joséphine était là. Je peux toujours compter sur elle dans les moments difficiles, tout comme elle peut toujours compter sur moi dans les moments faciles. On est complémentaires.

 

Elle a joué ma coach de choc toute la journée. Elle est très douée pour ça, elle a immédiatement pris les choses en main. "Imagine que je suis le père Caillou, tu te mets devant moi et on y va. Que pensez-vous pouvoir apporter à cette fonction, Monsieur ?
- Ouh là, mais tu me prends de court, je n'ai pas révisé...
- Je préfère employer le vouvoiement, Monsieur
, m'a-t-elle repris en me lançant un regard appuyé, l'air de dire "joue le jeu, imbécile !"
- Oui, bon. Et bien je pense avoir le dynamisme nécessaire pour mener à bien...
- "Le dynamisme nécessaire", pouvez-vous préciser ?
- Hein ? Euh... Et bien je m'investis dans mon travail...
- Essaie de dire ça sans sourire, Wilbur. Vous vous investissez, très bien, vos prédécesseurs s'investissaient aussi, qu'apportez-vous de plus ?
- Je... Je suis plus sympa !
- Wilbur, sois sérieux.
- Je le suis, pourquoi ?"

 

Au bout de deux heures de coaching infructueux, j'ai fini par revenir à mon idée première de faire un petit show chanté et dansé, mais Joséphine était contre. Elle peut être très psycho-rigide parfois. En désespoir de cause, elle m'a dit de dire que j'étais "organisé, créatif, dynamique et rigoureux" et d'improviser sur ces thèmes. Je vais donc devoir mentir sur toute la ligne...

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Je n'ai pas eu la fève... Je me demande si la vie vaut encore d'être vécue.

 

Comme tous les ans, on a mangé une galette faite maison chez Patrick et Gloria. Et comme tous les ans, j'ai été victime de crimes et de sévices. J'ai encore dû aller sous la table pour distribuer les parts alors que j'ai horreur de ça. Ils m'y obligent, ces félons. J'ai beau crier que c'est au plus jeune d'y aller, que je suis un adulte alors j'ai le droit de faire ce que je veux, que la Convention de Genève l'interdit, rien n'y fait. "Wilbur, va sous la table !" Alors que cette année, on avait un nouveau avec nous, un nouveau très jeune et plus innocent que l'agneau qui vient de naître. Encore mieux qu'un enfant : un foetus ! Dans le ventre de Marjorie. C'était donc, en toute justice, à elle - du moins à son ventre - d'aller sous la table, pas à moi. J'ai plaidé ma cause avec une verve digne de John Cage et Ally McBeal réunis, mais ils sont restés inflexibles. "Wilbur, tu sais très bien pourquoi c'est toi qui dois aller sous la table. On ne changera pas d'avis, on te connaît trop bien."

 

Soi-disant que, si je reste avec les grands et que je ne vais pas sous la table, je regarde les parts sous tous les angles pour trouver la fève et me l'approprier en douce. Soi-disant que j'aurais même, une fois, détruit quelques parts pour voir si elle n'était pas au milieu. Soi-disant.

 

"Mais j'ai changé, je ne suis plus le même Wilbur, je suis un homme neuf, je vais peut-être bientôt être nommé chef, alors je suis grand maintenant, j'ai mûri. Je veux la fèèèèèève...", leur ai-je dit en les regardant avec un air de bon vieux Labrador qui mendie une petite caresse de son maître. J'ai senti Gloria mollir un peu, mais Patrick et Pierrot, endurcis par la vie, n'ont pas cédé. Marjorie tapait dans ses mains de bonheur.

 

J'ai donc dû me mettre à quatre pattes sous la table. J'ai invoqué tous les oracles que je connaissais pour m'aider à voir la part de galette fatidique. J'ai prié pour un miracle et croisé les doigts. Mais je n'ai pas eu la fève. Forcément. Maintenant, je dois attendre encore un an...

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