En arrivant au boulot, hier matin, je ne savais toujours pas quoi penser de cette promotion. C'est une bonne nouvelle, évidemment, mais j'ai l'impression que cela revient à donner de la confiture à un cochon. Je n'ai toujours aucune envie de rester dans cette boîte, dans ce métier et dans les lingettes.
Apparemment, je n'étais pas le seul à penser cela.
Juste après mon petit café du matin, Antoine est venu me voir dans le bureau de Serge, devenu celui de Simon, devenu le mien. "J'ai parlé de votre nomination à Monsieur Caillou hier soir, Wilbur. Le Comex va vouloir vous voir et vous faire passer un entretien", m'a-t-il dit. Merde. Une audition devant les grincheux ordonnée par Caillou, le grincheux en chef. "Ils veulent vérifier votre motivation, voir de quel bois vous êtes fait", a-t-il repris. "Une simple formalité si vous voulez mon avis."
Dieu tout puissant ! Ma motivation... Pourvu qu'ils n'aient pas une machine infernale avec des rayons X et des électrodes, des bidules électriques qui sondent les tréfonds du cerveau et d'autres trucs magnétiques pour déterminer la couleur de mon âme, sinon je suis refait. Peut-être que si je mets mon costume à paillettes et mon chapeau haut-de-forme, que je leur chante La Javanaise en levant la gambette bien haut, j'arriverai à détourner leur attention du niveau de ma motivation. Pas sûr. Mais en désespoir de cause, je vais quand même essayer.

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