Enfoncé Facebook, oublié Viadeo, aux chiottes LinkedIn, le seul réseau social qui vaille, ce sont les Gourmandes ! Après plusieurs semaines de lancers de CV infructueux, il m'a suffit d'une soirée dans mon débit de boissons favori pour décrocher un entretien d'embauche. Et pas n'importe lequel : un entretien avec monsieur le directeur.
Vendredi soir, je jouais les entraîneuses de saloon aux Gourmandes, à inciter les clients à boire après une journée harassante, lorsque que trois costards sont arrivés dans le bar. Des petits minots de vingt-six, vingt-sept ans, chemise blanche, cravate bariolée, riant fort et prêts à entamer le week-end par quelques apéros virils. Mon portrait tout craché quand je travaillais encore à la boîte !
Pour ma part, je venais juste de me faire rabrouer par une jeune demoiselle qui, n'étant pas en détresse, se foutait de mon soutien moral comme de sa première barrette, et je n'avais donc que moyennement envie de me frotter à trois VRP en goguette dans la capitale. Pourtant, l'un d'entre eux était une proie facile. Beaucoup moins rigolard que les autres, le regard fuyant, la mine soucieuse, les ongles rongés... Du gâteau pour une entraîneuse ! Marjorie m'a aussitôt fait un signe impérieux dans sa direction. "A toi de jouer !", m'a-t-elle hurlé mentalement.
A contre-coeur et motivé par ma seule conscience professionnelle, j'ai donc entamé la conversation, laissant ses deux amis tenter de compter fleurette à Marie-Jeanne qui, quoique lesbienne endurcie, les laissait dire en leur resservant un verre.
Le secret d'une bonne entraîneuse, c'est de savoir empêcher son interlocuteur de parler, sinon il ne peut pas boire - c'est logique. Le meilleur moyen de garder la parole, c'est de raconter sa vie et raconter sa vie, c'est mon rayon ! C'est pour ça que les trois Gourmandes m'embauchent régulièrement pour faire remonter leur chiffre d'affaires.
Je lui ai tout passé en revue au gogo. Sonntag et ses propositions ahurissantes, tante Isa et sa rebouteuse grognon, ma soeur et son hyper-baby blues, Les Dents de la Mer II et ses batailles incessantes contre Millicent, Mabel et Mildred... Puis, à court d'hisoires, j'ai fini par aborder ma quête d'un nouveau boulot. "C'est l'une de mes bonnes résolutions du nouvel an", lui ai-je expliqué. Et là, miracle. Son regard s'est réveillé, son visage s'est éclairé, son noeud de cravate s'est redressé, sa main a laché son verre (Damned !) et il a commencé à me mitrailler de questions. "Quel genre de travail vous recherchez ? Vous avez quelle formation ? Vous faisiez quoi avant ? Et avant d'apprendre à faire des potions magiques ? Et avant d'envoyer votre aïeule à l'hôpital ?", etc., etc., etc.
Loin de me douter qu'il avait une idée derrière la tête, je lui ai répondu en toute sincérité, ce que je n'aurais bien évidemment pas fait devant un recruteur potentiel. Du coup, quand il m'a dit qu'il dirigeait une société et qu'il avait justement besoin d'un adjoint, j'ai eu quelques regrets. Notamment sur l'épidode de Tante Isa, des médicaments et de la boisson... Mais il n'a pas eu l'air rebuté : il m'a proposé une nouvelle rencontre jeudi matin pour en discuter plus sérieusement ! J'ai failli l'embrasser...
Avant de partir, mon presque-futur-boss-éventuel m'a quand même demandé si je n'avais pas quelques questions à lui poser. Juste une, je lui ai dit.
"Vous mettez des minijupes, des fois ?
- Tous les jeudis matins."
Tope là !

Commentaires